Les violences faites aux mineurs continuent de progresser en France. L'année passée, les services de police et de gendarmerie ont enregistré une hausse de 10 % des faits signalés. Les adolescentes sont particulièrement exposées aux violences sexuelles : elles représentent 85 % des 76 200 mineurs victimes recensés en 2025. Conséquences psychologiques et physiques, importance d'une prise en charge précoce, manières de repérer qu'une adolescente ne va pas bien : Cortex a interrogé deux professionnelles de santé de l'association Women Safe & Children pour mieux comprendre les enjeux de l'accompagnement des victimes mineures.
Fondée en 2014 par Frédérique Martz, l'association Women Safe & Children prend en charge des femmes et des enfants victimes de toutes formes de violences, avec un accompagnement pluridisciplinaire gratuit dans les Yvelines, le Finistère et la Haute-Savoie. Depuis 2017, elle étend son action aux mineurs victimes de violences.
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Quelles conséquences spécifiques observez-vous chez les adolescentes victimes de violences ?
Dans ma pratique, j'observe fréquemment des troubles du sommeil, des syndromes dépressifs et des troubles anxieux, parfois à un point où l'anxiété envahit tellement le quotidien qu'elle devient un trouble à part entière. Il y a également de nombreuses manifestations psychosomatiques : douleurs abdomino-pelviennes, maux de tête ou encore eczéma.
Entre 12 et 15 ans, on observe souvent une forte anxiété, des difficultés à faire confiance aux autres et à se sentir en sécurité, ainsi qu'un profond sentiment d'impuissance. Ces violences peuvent entraîner des hospitalisations, de la déscolarisation, l'apparition de troubles alimentaires ou encore des comportements à risque comme les scarifications, les tentatives de suicide ou des mises en danger répétées.
On constate également une importante recherche de limites : certaines adolescentes adoptent des comportements à risque pour tester la réaction des adultes.
- Troubles du sommeil
- Syndromes dépressifs
- Troubles anxieux
- Douleurs psychosomatiques
- Troubles alimentaires
- Déscolarisation
- Scarifications
- Comportements à risque
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Quelles peuvent être les conséquences durables, à l'âge adulte, des violences vécues ?
Lorsque les violences perdurent dans un environnement insécurisant, elles peuvent profondément affecter la construction de la personnalité. Le stress chronique lié aux violences a des effets directs sur le développement du cerveau.
À l'âge adulte, ces jeunes peuvent rencontrer davantage de difficultés à réguler leurs émotions, à s'adapter à la nouveauté, à gérer leurs frustrations. Leur confiance en elles est souvent altérée, ce qui peut compliquer la capacité à poser des limites dans les relations. Ces fragilités augmentent aussi le risque de subir de nouvelles violences.
Beaucoup mettent en place des stratégies d'évitement sans parvenir à traiter l'origine du mal-être, entraînant des troubles des fonctions exécutives — concentration, planification, projection dans l'avenir. Certaines vivent ainsi dans un état de stress quasi permanent, où le moindre grain de sable peut sembler insurmontable.
- Fragilité psychique, troubles anxieux et dépressifs
- Perturbation du développement cérébral par le stress chronique
- Hospitalisations, déscolarisation
- Comportements à risque répétés
- Difficultés à réguler les émotions
- Altération de la confiance en soi et capacité à poser des limites
- Risque accru de victimisation répétée
- Troubles de la concentration et de la planification
- Répercussions sur la vie professionnelle et personnelle
- Difficultés dans la relation à ses propres enfants
- Refus du suivi gynécologique, troubles sexuels
- Retard dans certains dépistages médicaux
« Le cerveau peut se déréguler sous l'effet des violences, mais lorsqu'un adolescent est remis en sécurité, il conserve une importante capacité de reconstruction. »Marie Larue, psychologue spécialisée en psycho-traumatologie
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Pourquoi repérer au plus tôt les victimes de violences et leur apporter un accompagnement précoce est-il indispensable ?
C'est essentiel car le cerveau d'un enfant et d'un adolescent a besoin de sécurité pour se construire. Sans ce sentiment de sécurité intérieure, de nombreux dysfonctionnements apparaissent. Intervenir rapidement permet d'évaluer l'état de l'adolescent, de stabiliser la situation et de rétablir un cadre sécurisant.
Les thérapies spécialisées en psychotraumatologie permettent de réduire les impacts du traumatisme et d'accompagner la reconstruction de la personnalité : confiance en soi, image de soi, identification des relations toxiques, pose de limites.
L'accompagnement pluridisciplinaire dans un même lieu est primordial. Chez Women Safe & Children, nous pratiquons le secret médical partagé, ce qui permet aux professionnels de communiquer entre eux pour un suivi plus cohérent. Cela évite de réactiver le traumatisme en épargnant aux bénéficiaires d'avoir à raconter plusieurs fois ce qu'elles ont vécu.
⚠ Signes d'alerte à reconnaître
Changement soudain de comportement, tristesse inhabituelle, isolement progressif
Crises d'angoisse en classe, hypervigilance, sursauts au moindre bruit
Absentéisme, perte de motivation, chute des résultats
Perte de poids visible, rapport problématique à la nourriture
Douleurs sans cause organique identifiée malgré des consultations
Tentatives de suicide, fugues, comportements d'automutilation
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Qu'est-ce qui manque aujourd'hui dans la prise en charge des victimes de violences ?
Ce qui manque, ce sont en partie des médecins et du temps médical. Il faut aussi renforcer la prévention, le dépistage, l'accueil de la parole et mieux sensibiliser aux micro-signaux. De manière plus globale, il manque des formations pour l'ensemble des professionnels : médicaux, paramédicaux, enseignants…
Au niveau de la justice, il est nécessaire d'apporter des réponses rapides et de croire la parole des jeunes. Il faut que la société évolue réellement sur l'égalité et les droits. Il faut davantage de psychologues formés aux violences, pour repérer et accueillir les révélations — y compris lorsqu'elles sont exprimées de manière indirecte.
« Il ne faut pas banaliser ces signaux en les attribuant simplement à une "crise d'adolescence". »Adeline Vautherot, médecin — Women Safe & Children